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     Les conséquences d'un pari     
  
    

Paris, le vendredi 10 mars 2006

 

                                        Bonjour à tous !

 

    Je vais commencer par me présenter. Mon nom est Xie, mon prénom, Wei Dong. Je suis né en 1967 à Shanghai, en Chine. Je vais vous raconter comment j’ai débuté le jeu de go. Si je me souviens bien…

    C’était en 1985, l’année où je suis entré à l’université de Shanghai, pour faire une spécialité d’automatique industrielle.

    Nous étions logés à l’université dans des chambres de huit (20 m2 pour les huit !). Parmi mes copains de chambre, il y en avait un qui avait découvert le go, mais il ne trouvait pas de partenaire. Donc, il m’a tendu un piège : il m’a entraîné dans un pari, dont l’enjeu était soit une cartouche de cigarettes, soit d’apprendre à jouer au go avec lui. J’ai perdu le pari, et je n’avais pas les moyens de payer une cartouche de cigarettes…j’étais donc obligé de jouer au go avec lui !

 Il m’a appris les règles en dix minutes, et on a joué une partie à 9 pierres de handicap sur un goban de 19x19. En Chine, à l’époque, il n’y avait pas de 9x9 ni de 13x13. Evidemment, il m’a écrasé. Mais cela m’a motivé pour progresser, et réussir à le battre.

    Et puis, cette même année, j’ai pu voir à la télé un super spectacle : les parties commentées d’un match par équipe Chine-Japon. J’ai assisté à la brillante victoire de notre super héros national Nie Wei Ping ; en battant 3 des meilleurs joueurs japonais de l’époque, il a fait gagner la Chine, un résultat totalement inattendu à une époque dominée par le go japonais ! Nie Wei Ping a d’ailleurs suscité une vogue du go en Chine et comme beaucoup d’autres, cette histoire m’a passionné. De plus, j’ai été subjugué par la beauté de son jeu.

    Suite à cela, nous jouions régulièrement avec mon copain. Petit à petit l’oiseau fait son nid, et nous avons réussi à entraîner d’autres compagnons de chambrée : nous étions cinq à jouer maintenant. Plus tard, nous avons même envahi les chambres voisines, pour former un groupe d’une dizaine de joueurs.

Il n’y avait pas d’Internet à l’époque, et nous n’avions pas même l’idée qu’il puisse exister des clubs de go.

    Comme nous étions très occupés par les cours en journée, nous jouions le soir, jusqu’à une heure très avancée de la nuit. Mais les lumières devaient être éteintes à 23 h dans les chambres, alors nous avions installé quatre ou cinq tables dans le couloir, pour jouer. C’était assez spectaculaire, et ça a attiré encore plus de monde. A la fin, l’université a décidé d’éteindre les lumières dans les couloirs… Pas de problème, on a continué à la bougie ! Rien ne pouvait nous empêcher de jouer.

Parfois on jouait aussi en cours, en dessinant un goban et en marquant les coups sur celui-ci. Il y avait parfois des engueulades à propos d’un ko, ou d’erreurs de notation.

    C’est donc un débutant qui m’a appris le go, à l’aide de conseils tirés d’un bouquin. Je l’ai rattrapé en trois mois.

 

                                                                                                     Weidong

 

Note historique :

Ce genre de tournoi par équipe, dont parle Weidong, était très populaire en Asie.

Le système est intéressant. Au départ, il y a neuf joueurs dans chaque équipe. C’est une sorte de tournoi KO par équipe : les deux neuvièmes joueurs jouent d’abord l’un contre l’autre ; le perdant est éliminé, et le gagnant joue contre le huitième joueur de l’autre équipe, et ainsi de suite. Prenons l’exemple du tournoi Chine Japon de 1985 :  la neuvième joueuse chinoise, après avoir battu la neuvième japonaise, a perdu contre le huitième japonais, qui a perdu contre le huitième chinois (Jiang Zhu Jiu, célèbre au Etats-Unis). Vous suivez ? Ensuite, le huitième chinois a gagné 5 parties consécutives, et a perdu contre le troisième japonais, Kobayashi Koichi. Kobayashi a ensuite éliminé presque tous les chinois (du N° 8 au N° 2) en gagnant 7 parties de suite. Ne restait que Nie Wei Ping, qui, contre toute attente, a réalisé l’exploit légendaire du go chinois en battant l’un après l’autre les trois plus forts joueurs japonais (Kobayashi, Kato et Fujisawa).

 

Note goïstique :

Si vous souhaitez revoir les parties qui ont suscité l'admiration de Weidong, vous pouvez cliquer sur les liens suivants :

Evénement Noir Blanc date partie résultat
China Japan Supergo Nie Weiping
Fujisawa Shuko
1985-11-20
sgf1 black3.5
Kato Masao
Nie Weiping
1985-08-29
sgf2 white4.5
Nie Weiping
Kobayashi Koichi
1985-08-27
sgf3 black2.5