Paris, le mardi 28 mars 2006
Bonjour à tous !
Je vous ai raconté la dernière fois ma toute première rencontre avec le jeu de go à l’université, et voici la suite de mon histoire.
A force de jouer avec les autres étudiants, petit à petit je les ai tous battus, et comme j’étais déjà accroc à ce jeu, je ne rêvais que de rencontrer des joueurs plus forts. Mais il faut préciser qu’à cette époque, même en Chine, on n’entendait pas beaucoup parler du go. Pas moyen de savoir où trouver d’autres partenaires…
La chance m’a souri à une autre occasion : j’ai rencontré un ancien copain de lycée, qui, lui aussi, s’était mis au go. Il était assez disponible, et il connaissait un endroit où l’on y jouait : le Palais des Ouvriers. Quelques passionnés se réunissaient là dans un petit salon de thé. Je connaissais d’ailleurs bien cet endroit, puisque j’avais vécu pendant des années juste à côté, chez ma grand-tante ; mais j’ignorais qu’on y jouait au go. Nous y sommes donc allés ensemble.
Ce fut la première fois que j’entrais vraiment en contact avec le monde du go, et que je pouvais rencontrer quelques « monstres » : l’un d’entre eux, un 4ème dan, prétendait que « même Nie Wei Ping, ne pouvait lui rendre plus de 2 pierres » ! Je me doutais bien qu’il exagérait un peu, mais je n’en étais pas moins impressionné.
Très vite, je me suis rendu compte que ce salon de thé n’était pas toujours un paradis, et même qu’il pouvait être un enfer. En effet, la plupart des joueurs pariait de l’argent : pas des millions évidemment, mais quand même l’équivalent de 10 euros (d’aujourd’hui) la partie, plus 10 centimes par point d’écart. On trouvait donc principalement dans ce lieu deux catégories de joueurs : les loups et les agneaux, les uns vivant bien sûr aux dépens des autres. A part ceux-là, il y avait bien quelques pauvres étudiants comme nous, ou des vieillards, qui jouaient sans enjeu.
Par conséquent, mon objectif, qui était de progresser en jouant avec de forts joueurs, restait encore hors d’atteinte. Alors, je passais pas mal de temps à observer les parties les plus intéressantes, muet. Il était hors de question de l’ouvrir, ne serait-ce que pour poser une question, concentration des joueurs oblige ! Mais j’y trouvais quand même un grand intérêt.
Un jour, alors que je jouais avec mon ami, la surprise : le 4ème Dan dont j’ai déjà parlé s’approche de nous, nous regarde jouer, et se met à rigoler ; bien sûr, je n’ai pas loupé l’occasion de lui adresser la parole pour lui demander quelques explications sur notre partie. Il a répondu gentiment, et la porte s’est entrouverte. C’est ainsi que j’ai fait sa connaissance, et j’ai décidé de ne plus le lâcher. Malgré ses occupations professionnelles, c’était un des principaux entraîneurs dans notre arrondissement, et il avait plusieurs élèves.
Petit à petit, à force de se côtoyer, il a fini par me proposer une partie, intéressée bien sûr ! Comme je n’attendais que cela, j’ai accepté ses conditions. Je savais que j’allais perdre, mais c’était l’occasion d’entamer une relation plus poussée. De plus, c’était ma première partie avec un joueur vraiment fort ! Juste après la partie, je lui ai fait part de mon objectif de progresser, malgré mon faible budget, et je lui ai demandé s’il accepterait que je suive ses propres parties, et si je pourrais ensuite lui poser des questions. « On verra… » a-t-il répondu.
Par la suite, lorsqu’il n’était pas occupé, je lui proposais de temps en temps de faire une partie avec de petits enjeux. Parfois, c’est même moi qui gagnais, bien sûr avec un gros handicap ! Comme je trouvais que c’était bien triste pour lui, non seulement je refusais mon dû, mais je lui offrais un paquet de cigarettes, ou l’invitais pour un repas. C’est ainsi que nous sommes devenus amis. On peut dire qu’il a été mon maître. Il était, je pense, un peu plus fort que je ne le suis actuellement.
Finalement, quand je repense à cela, je trouve que les gamins d’aujourd’hui qui veulent apprendre le go ont vraiment de la chance : ils disposent de plein d’informations, de facilités, et peuvent jouer sur Internet. Surtout en France où les joueurs forts les entraînent souvent gratuitement. Moi-même, quand je suis arrivé ici, j’ai bénéficié de l’aide des 5ème Dan français, en particulier Jeff Séailles et Jean Michel. Merci à eux !
Weidong |